lunedì 27 giugno 2022

Francia
Dissolution de la communauté du Verbe de Vie : « L’Église n’a pas été suffisamment vigilante »

(Marie-Lucile Kubacki et Aymeric Christensen - lavie.fr)
[Interview] Après que l’Église catholique a annoncé la dissolution de la communauté du Verbe de Vie le 25 juin 2022, François Touvet, évêque de Châlons-en-Champagne, a été nommé administrateur apostolique. Il revient en exclusivité pour La Vie sur les raisons de cette décision et sur ses suites.
Après une seconde visite canonique menée de janvier à avril 2022, faisant suite à une première effectuée en 2002, la communauté du Verbe de Vie sera dissoute par l’Église catholique.
Ses membres ont appris la nouvelle par le cardinal-archevêque de Bruxelles Jozef De Kesel, leur garant historique, lors d’une réunion à l’abbaye Notre-Dame de Vive Fontaine d’Andecy, dans la Marne. L’évêque de Châlons-en-Champagne, François Touvet, chargé d’administrer la communauté jusqu’à sa dissolution effective, le 1er juillet 2023, nous a accordé une interview exclusive.
La décision de dissolution de la communauté du Verbe de Vie est radicale : qu’est-ce qui conduit à cette option ?
Effectivement, cette décision est grave et radicale. Ce qui l’a justifiée, c’est un regard sur l’histoire de la communauté du Verbe de Vie. Des signalements ont été adressés aux autorités de l’Église à partir de 1989, trois ans après la fondation. Après ces premiers signalements, Bernard Charrier, qui était alors évêque de Tulle (la communauté étant alors située principalement à Aubazine, en Corrèze), a enclenché une visite canonique en 2002, qui a mis au jour un certain nombre de dysfonctionnements, et fait des préconisations.
Vingt ans après, la nouvelle visite canonique, de janvier à avril 2022, a retrouvé les mêmes faits, donnant l’impression que les choses n’avaient pas évolué suffisamment, et que l’Église n’avait pas non plus veillé suffisamment sur cette communauté, en dépit des 240 départs depuis 30 ans.
Le cardinal Jozef De Kesel a considéré que les forces humaines étaient trop faibles pour procéder à une refondation, en raison de la souffrance et de l’épuisement moral et psychologique des membres. En outre, pour relancer la machine, il aurait fallu trouver une bonne équipe d’administrateurs et un climat favorable, or il y a trop de divisions, de tensions et de souffrances. Enfin, il aurait fallu que le charisme de cette communauté soit défini, ce qui n’a jamais vraiment été fait. Devant ce triple constat, le cardinal De Kesel a estimé qu’il ne restait que la dissolution.
Quels sont ces dysfonctionnements ?
Principalement des abus spirituels, une spiritualisation excessive, des phénomènes d’emprise, un manque de réalisme, des abus de pouvoir. Le fonctionnement des maisons est toujours regardé d’une manière tellement spirituelle que la réalité de la vie des personnes, leurs souffrances et leurs questionnements ne sont pas assez pris en compte. Le discours trop spiritualisant vise à cacher la réalité des choses.
Ont été relevés des abus d’autorité et la confusion entre le for interne et le for externe. Des membres m’ont ainsi expliqué que leur accompagnateur spirituel était en même temps le responsable de la maison, donc leur supérieur… J’ai également eu connaissance de trahisons du secret de la confession : ce qui était dit dans le cadre du sacrement était parfois révélé à ceux qui exerçaient l’autorité sur la communauté.
Quand certaines personnes essayaient d’exprimer un questionnement sur le fonctionnement de la communauté, elles étaient parfois éjectées. Si elles annonçaient leur intention de partir, elles subissaient des pressions culpabilisantes. S’ajoute l’absence d’une formation suffisante et d’une véritable règle de vie. Ce sont les faits exprimés par la quasi-unanimité des membres actuels et des anciens membres entendus par les visiteurs.
Il est donc question de manipulation de la conscience ?
Oui, par des culpabilisations et des humiliations. Lorsque la parole confidentielle que vous avez adressée à un membre de la communauté est répétée à d’autres ou à ceux qui gouvernent, et qu’elle est même livrée en public devant les autres membres, il est possible de parler d’instrumentalisation des confidences.
S’ajoutait une centralisation du gouvernement dans le couple fondateur de Marie-Josette et Georges Bonneval. Celui-ci se prétendait l’unique fondateur et demandait aux membres de les reconnaître comme père et mère. Ce regard sur la paternité spirituelle leur faisait perdre leur autonomie, leur liberté de parole et les avilissait en quelque sorte. Cela mettait tout le monde en état de souffrance.
Y compris après leur départ ?
Les dysfonctionnements ont continué. Il y a eu un changement de modérateur en 2003, et la nouvelle gouvernance a reproduit le même modèle. C’est ce qui nous fait dire qu’il y avait quelque chose de l’ordre d’un système dès l’origine. Un système basé sur un mensonge.
Lors de la visite canonique de cette année, il a ainsi été découvert que le procès-verbal de création de l’association signé par les différents fondateurs a été falsifié. Des noms ont été effacés, et ce document falsifié utilisé dans la communauté faisait croire qu’il n’y avait que ce couple fondateur.
Comment ces problèmes, connus depuis 2002, ont-ils pu perdurer 20 ans ?
Dans la mission que je reçois, je dois reconnaître que l’Église n’a pas été suffisamment vigilante. Il y a une défaillance de l’institution ecclésiale et une défaillance du gouvernement de la communauté, qui n’a pas accueilli les paroles de souffrance et qui n’a pas su faire un travail d’interprétation des départs, pourtant nombreux. La conjonction de ces deux défaillances a fait perdurer le système.
Défaillance de l’institution, puisque la seule visite canonique menée à terme était celle de 2002. En 2011, l’évêque de Malines-Bruxelles, André-Joseph Léonard, a souhaité faire une visite canonique, mais elle s’est finalement transformée en une simple visite pastorale et amicale très brève. J’ai retrouvé une expression très forte d’un ancien membre dans un compte rendu d’une réunion de responsables de maison : il évoquait un système où l’on apprenait à flatter les évêques, à leur montrer que tout était beau, à leur donner de beaux cadeaux, pour recevoir des encouragements. Cela faisait partie du système.
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Moi-même, dans le diocèse de Châlons, je n’avais vu que la façade, des liturgies très belles, des personnes jeunes, habitées par un zèle missionnaire, et des camps d’adolescents joyeux et festifs. Mais la réalité est que, derrière cette façade, se trouve une maison qui n’est pas habitable et dans laquelle on ne peut pas accueillir d’invités.
N’y a-t-il eu aucune tentative de réforme ?
Si, mais les tentatives de reprise avec un gouvernement plus sain, plus respectueux des personnes, de la circulation de la parole et de la liberté de conscience de chacun, subissaient des pressions de la part de quelques membres qui par leur personnalité ou par des arrangements finissaient par faire céder ceux qui voulaient réformer.
C’est le cas du dernier modérateur, Jean-Paul Pérez. Je tiens à lui rendre hommage, car il avait vu ce qu’il fallait faire : la nécessité de l’exigence de formation, d’un accompagnement extérieur pour tout le monde, d’un travail avec des psychologues, etc. Mais lui aussi, malgré son envergure, sa personnalité et son expérience professionnelle dans la conduite de réalités importantes a démissionné, car il a conclu que ce n’était pas gouvernable.
Après son départ, en août 2021, trois membres de la communauté (un frère, une sœur et un laïc) ont été nommés pour gouverner provisoirement, et ce sont eux qui, avec le conseil de communauté, ont demandé une visite canonique.
Qu’avez-vous ressenti lors de la journée du 25 juin 2022, lorsque la dissolution a été annoncée à l’abbaye d’Andecy, la maison principale de la communauté du Verbe de Vie, dans votre diocèse ?
J’ai eu des entretiens individuels avec des membres de la communauté pendant sept heures d’affilée. À part chez deux ou trois membres qui semblent dans une forme de déni ou de victimisation, j’ai surtout entendu de la stupéfaction, de la sidération, un séisme. Il y avait beaucoup de larmes. Moi-même j’en ai versé parfois, pris par l’émotion de telle ou telle confidence.
Mais j’ai constaté un apaisement, une forme de soulagement du fait que l’institution de l’Église prenne cette décision, même si c’est trop tard, en nommant un évêque, qui donne un poids d’autorité rassurant. Ils sont bouleversés : certains ont passé plus de 30 ans dans cette communauté et portent un habit religieux. Beaucoup de choses n’allaient pas, mais il y a eu tellement de belles choses, des engagements absolument magnifiques… Ce sont de belles âmes données à Dieu pour l’annonce de l’Évangile, pour l’amour de l’Église aussi, avec de la générosité dans le don de leur vie.
Comment envisagez-vous votre mission ?
Je leur ai donné quatre axes. Le premier : faire preuve de réalisme, accepter l’histoire de la communauté et faire ensemble cet exercice pour sortir du déni. Le deuxième : reconnaître les personnes victimes, la défaillance de l’Église et du gouvernement de la communauté.
Le troisième : je me suis engagé à leur garantir la liberté de parole, de conscience et de choix en ce qui concerne leur avenir. Je leur ai dit : je ne dois pas savoir ce qui se passe dans votre conscience, je suis là pour vous guider de l’extérieur, mais je vous demande d’avoir un accompagnement psychologique et spirituel tout l’été, une fois par semaine. Ce dernier point est le quatrième axe.
Qu’est-ce qui est prévu pour les victimes ?
Reconnaître qu’il y a eu des personnes victimes et reconnaître leur souffrance est ma priorité. J’ai invité les membres à accueillir cette vérité de leur histoire, car c’est seulement à partir de là que l’on pourra vraiment faire du chemin. Elles ont été nombreuses à être entendues lors de la visite canonique, et il nous faut désormais poursuivre ce travail de libération.
Je suis à l’écoute, disponible pour entrer en relation avec ces personnes qui souhaiteront exprimer leurs souffrances, leur chemin de guérison, leur besoin de reconnaissance et de réparation. Nous avons mis en place un dispositif pour que tous les membres actuels, une quarantaine de personnes, soient accompagnés par un psychologue pendant tout l’été, à raison d’une fois par semaine.
Une ligne d’écoute téléphonique va également être ouverte aux membres de la communauté qui ne résident pas dans une maison, mais aussi aux anciens membres. Je participerai prochainement à une réunion en visioconférence où, avec des psychologues, nous allons accueillir des anciens membres pour qu’ils puissent à nouveau s’exprimer.
Quelles sont les pistes envisagées pour l’avenir des consacrés ?
Mon principal souci est l’avenir des 27 femmes consacrées, certaines anciennes dans la communauté, d’autres beaucoup plus récentes. Je tisse des contacts avec des communautés religieuses féminines, des mères abbesses, des supérieures… Je suis touché car toutes celles que je contacte sont prêtes à aider. J’ai demandé à tous les membres de se disperser pendant l’été et de prendre du repos, avec accompagnement psychologique et spirituel hebdomadaire.
Ensuite, je conseillerai celles qui en émettront le souhait pour aller faire un séjour d’accompagnement, de retraite, de discernement, dans telle ou telle communauté. Certaines ont déjà des idées. Pour les sept prêtres, c’est différent, car ils sont incardinés dans un diocèse (Toulon, Bruxelles, Bamako et Fribourg). Je leur ai garanti la liberté et promis qu’aucun évêque ne mettrait la main sur eux pour les récupérer. J’ai demandé à mes frères évêques de respecter le temps nécessaire de recul dont ils ont besoin. Ensuite, ils pourront rejoindre le diocèse où ils sont incardinés ou celui dans lequel ils exercent leur ministère, ou ailleurs, ou entrer dans une communauté religieuse.
Et pour les membres laïcs ?
Il existe ce qu’on appelle les « maisons de l’alliance » : des petits groupes de baptisés qui se rassemblent tous les 15 jours dans une famille pour louer le Seigneur, échanger des intentions de prière et vivre un repas fraternel. Quand l’association du Verbe de Vie ne sera plus, ces groupes disparaîtront aussi.
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Mais cette intuition rejoint ce qui est proposé dans beaucoup de diocèses sous la forme de fraternités missionnaires de proximité. Je les encourage à les rejoindre… et d’ailleurs j’encourage tous les baptisés à faire l’expérience de la joie qu’il y a à se réunir à quelques-uns, pas pour faire tourner la paroisse, mais pour s’aider mutuellement à vivre en chrétiens !
Qu’en est-il des sessions d’été organisées par le Verbe de Vie ?
J’ai pris la décision d’annuler tous les festivals et les missions de l’été. Les inscrits ont été prévenus et ils vont être remboursés de leurs frais d’inscription. C’est en cours.
Que dire à ceux qui ont reçu des belles choses, qu’ils soient aujourd’hui sous le choc ou dans le déni ?
Bien sûr, il y a eu des gens qui se sont convertis à l’Évangile, qui ont rencontré Jésus, qui ont découvert la louange et l’adoration, le sens missionnaire. Tout cela est formidable et vraiment nous devons rendre grâce pour l’engagement des membres du Verbe de Vie pour leur témoignage, leur ardeur et leur capacité de rayonnement.
Mais il y a aussi des fruits qui sont moins bons : les membres dont je parle sont tiraillés par des souffrances, car ils ont été blessés par un déficit de confiance ou de liberté. Moi-même, j’ai été dupe, je voulais être un évêque ami… et j’ai reçu une douche froide en découvrant l’envers du décor. Reconnaissons ensemble les bons fruits, mais apprenons aussi à voir les mauvais, la vérité va nous aider à aller de l’avant. Reconnaître ces mauvais fruits est le pas nécessaire pour entrer dans une démarche de guérison.
Quels garde-fous mettre en place pour éviter que de telles situations se reproduisent ?
Une règle de vie sur le modèle de ce qui se vit dans la tradition du monachisme a fait défaut au Verbe de Vie, ainsi qu’un regard extérieur à intervalles réguliers pour accompagner le discernement. La pratique des visites canoniques est sage, avec des personnes extérieures à la communauté qui viennent écouter tous les membres confidentiellement, ce qui permet d’aider à faire la vérité en donnant des préconisations de progression ou de réforme, pour le bien de chacun.
Dans les instituts de vie consacrée, c’est en principe institué. Et il faut veiller particulièrement au respect de règles fondamentales telles que la distinction entre le for interne et externe.
En l’occurrence, ce n’est pas un institut mais une association privée de fidèles…
En effet. Un récent décret du Saint-Siège invite à une prudence redoublée dans le discernement concernant les associations publiques de fidèles, statut qui permet d’évoluer vers celui d’institut de vie consacrée. Concernant les associations privées de fidèles, comme le Verbe de Vie, l’autorité ecclésiale garde un devoir de vigilance, pour garantir la fidélité à l’Évangile et le respect de chaque personne.
C’est ce qui a conduit le cardinal De Kesel à prendre cette décision : le code de droit canonique (Canon 326) précise que l’autorité compétente est autorisée à dissoudre une association de fidèles « si son activité cause un grave dommage (…) à la discipline ecclésiastique ou provoque du scandale chez les fidèles ». Ces deux critères étaient réunis ici.
L’Église n’a-t-elle pas été naïve face au dynamisme des communautés du Renouveau charismatique ?
Nous étions dans une période pleine d’espérances, après le concile Vatican II… Or, il y avait une forme de décroissance de beaucoup de réalités dans la vie de l’Église. Et voilà qu’émergent des mouvements avec des formes inhabituelles. Nous nous sommes dit : voilà le renouveau !
Oui, cet enthousiasme, qui semblait venir renouveler la pratique et la vie de l’Église, avec de la jeunesse et un véritable rayonnement, une joie visible, a pu manquer de discernement et de vigilance. Le point à examiner en regardant les 50 dernières années, c’est l’articulation entre la dimension charismatique de l’Église, où nous reconnaissons que l’Esprit saint donne à chacun la force de Dieu pour l’évangélisation, et la dimension hiérarchique, qui donne un cadre d’exercice du gouvernement, et donc de discernement.
Tout n’est pas à jeter, mais force est de constater avec le recul que bon nombre de ces communautés doivent en passer par un point d’arrêt, une refondation, avec un regard hiérarchique. En somme, il faut considérer Pierre et Paul : se donner les garanties que ce que nous faisons est bien l’œuvre de Dieu, pas celle de nos lubies ou des pathologies de tel ou tel…
On a vu que la personnalité des fondateurs pouvait être problématique dès l’origine… N’y a-t-il pas une vigilance particulière à avoir envers les fondateurs de communautés ?
Tout le monde n’est pas saint François, saint Dominique ou saint Ignace, c’est sûr. Les circonstances actuelles rappellent la nécessité d’accueillir les fondations avec beaucoup de prudence, de sagesse et de recul, en se donnant du temps pour vérifier. De nombreuses personnes généreuses ont de bonnes idées, sont capables de prendre la parole, de chanter, ont des tempéraments de leaders… mais mettons les projets à l’épreuve du temps, vérifions si la personne qui les porte, et le premier cercle autour d’elle, fait preuve d’esprit de communion avec l’Église et d’accueil de la vigilance épiscopale. Ainsi que d’une capacité à être terre à terre, pas seulement spirituel.
On a longtemps entendu le verset évangélique « On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Matthieu 7, 16) pour justifier du dynamisme de certaines communautés ou sensibilités. Peut-on encore l’invoquer ?
Tout dépend de ce que l’on appelle un fruit, et qui est capable de reconnaître que c’est un bon ou un mauvais fruit… Qui a les clés de discernement pour vérifier que le fruit est bon ? Si on en reste au premier regard, très spontané, on peut se tromper. Je reçois ce verset comme un appel à accompagner les arbres dans leur croissance, pour qu’ils portent de beaux fruits : je ne suis pas jardinier, mais si je mets une jeune pousse en terre et que je ne l’accompagne pas, je ne récolterai pas les fruits attendus.
Les fruits généralement invoqués sont le nombre de vocations, de jeunes, de conversions…
Il faut le dire : le nombre n’est pas un critère. Il peut, certes, y avoir du nombre et de bons fruits ! Mais je vois parfois comparer le nombre d’enfants au caté ou de catéchumènes, la quantité de projets, et ce n’est pas à cela que l’on peut dire si une communauté ou une paroisse fonctionne bien.
Le tout est que, dans les réalités humaines que l’on accompagne, l’œuvre soit celle de Dieu, pas nos propres projections, en fonction de désirs ou de ce dont nous rêvons à l’échelle de la société en nous servant du religieux pour y parvenir. La question est : où est l’œuvre de Dieu ?
L’actualité de l’Église de France, entre la suspension des ordinations à Toulon et une visite apostolique à Strasbourg, désoriente certains fidèles…
Je comprends cette souffrance ; je la porte aussi. Oui, l’Église est blessée, et on se demande parfois quel sera le prochain scandale. Comme jeune évêque, je peux vous dire que j’exerce ce ministère avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, mais c’est lourd. Quand j’ai été ordonné prêtre il y a 30 ans, je n’aurais jamais imaginé être confronté à une telle réalité.
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En même temps, l’Église s’est emparée de cette crise. Peut-être trop tard, peut-être de façon insuffisante. On peut prier pour toutes les communautés ou les diocèses qui traversent des périodes difficiles. Mais je veux aussi inviter à la confiance. Ces derniers temps, des prises de position laissent entendre que nous serions dans une sorte de guerre les uns contre les autres, de règlements de comptes, entre évêques, entre clercs et fidèles, avec le pape… à l’image du monde, où l’on assiste à des effondrements et à une montée de la violence. Pourtant, c’est dans ce monde-là qu’il nous faut faire rayonner notre charité. « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps » (constitution pastorale Gaudium et Spes, 1965), sont partagés par l’Église.
De tout cela peut-il sortir un bien ?
J’en suis sûr. Car je crois au mystère de la Croix et à sa fécondité. Nous portons la croix, les uns avec les autres, et Jésus porte la croix avec nous. Il y a une vraie douleur et une vraie mort dans ce que vivent actuellement les membres du Verbe de Vie et leurs amis, dans ce que je vis moi-même avec eux. Mais la Croix est déjà l’arbre de vie.
Interview Marie-Lucile Kubacki et Aymeric Christensen