lunedì 23 maggio 2022

Francia
Mgr Ulrich s’installe à Paris dans un diocèse en chantier

(Jean-Marie Guénois, Le Figaro)
Le nouvel archevêque, qui célébrera les vêpres devant Notre-Dame ce lundi, est déjà attendu sur plusieurs dossiers importants. -- Le nouvel archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, prend possession de «sa» cathédrale Notre-Dame, ce lundi après-midi 23 mai. L’édifice est toujours en travaux, la cérémonie sera sobre. Célébration des vêpres tout d’abord, à 16 heures en plein air, sur le parvis de Notre-Dame, devant la Vierge du pilier.
L’archevêque entrera ensuite, seul ou presque, dans l’édifice convalescent, afin de s’y recueillir quelques instants entre les échafaudages. Il aura ainsi pris «possession» de sa cathédrale, selon le terme consacré du rituel catholique, qui prévoit que l’évêque s’assoie sur sa cathèdre, le siège épiscopal qui symbolise son autorité dans l’Église à trois titres: gouvernement, enseignement et juridiction. Il se rendra ensuite à Saint-Sulpice, la plus vaste église de Paris, qui sert de desserte depuis l’incendie pour les grandes cérémonies du diocèse. Une messe commencera à 18 h 30, ouverte à tous. L’homélie, la première du nouveau pasteur de Paris, est très attendue.
Mgr Ulrich, nommé le 26 avril par le pape à la suite de la démission de Mgr Michel Aupetit, aura 71 ans en septembre prochain. Il se sait être un homme de transition puisque tout évêque doit remettre sa démission au pape le jour de ses 75 ans, même si Rome peut le prolonger de quelques années. Les échos de ses premières réunions parisiennes indiquent que ce Bourguignon, dont la réputation est d’être un administrateur sourcilleux, «ne vient pas faire de la figuration».
Plus qu’un archevêque de transition, il sera probablement l’archevêque de «la» transition, c’est-à-dire de la sortie de la fameuse ère Lustiger, du nom du cardinal qui marqua d’une empreinte profonde ce poste entre 1981 à 2005. Même si ce troisième successeur, après le cardinal Vingt-Trois et Mgr Aupetit, devra composer avec cet héritage. Quant aux échos romains, le pape aurait demandé à Mgr Ulrich d’«apaiser» le diocèse troublé de la capitale française, assure-t-on de très bonne source vaticane. Trois dossiers prioritaires, parmi d’autres, comme la chute inquiétante des inscriptions au catéchisme, attendent le nouveau promu.
La reconstruction de Notre-Dame de Paris
S’il entre dans le diocèse de Paris par la porte d’une cathédrale sinistrée, il est probable que Mgr Laurent Ulrich laissera un édifice restauré. Il devrait en effet inaugurer la nouvelle Notre-Dame de Paris, le 8 décembre 2024 ou dans les mois qui suivront. L’Église étant affectataire, l’État étant propriétaire, c’est à la République de gérer les travaux de réparations. Ils sont dans les mains sûres du général Georgelin, à la tête d’un établissement public (EP), une structure juridique créée pour l’occasion.
Le diocèse de Paris siège toutefois au conseil d’administration de cette instance, avec droit de vote, en la personne de Mgr Éric Aumonier, ancien évêque de Versailles, qui a reçu délégation de l’archevêque. Mgr Ulrich va devoir agir sur deux points chauds. Le premier - absolument capital aux yeux de l’Église - est le statut juridique à venir de la cathédrale. Retrouvera-t-elle, une fois les travaux terminés, son statut de «lieu de culte» régi par la loi de 1905 et qui fonctionnait très bien jusqu’à l’incendie? Ou conservera-t-elle ce statut contraignant d’Établissement public créé pour la restauration? L’enjeu est décisif: demeurer un lieu de culte ou devenir un musée à option religieuse, comme la basilique de Saint-Denis.
Celle-ci est également sous statut d’EP, ce qui assujettit littéralement l’Église, qui doit demander l’autorisation à l’administration pour célébrer le culte! Cela ne devrait pas être le cas pour Notre-Dame, mais l’archevêque doit veiller au grain. L’autre dossier majeur sur lequel Mgr Ulrich devra statuer est celui, plus spectaculaire, des aménagements intérieurs. Le nouvel archevêque va-t-il confirmer dans sa fonction le père Gilles Drouin, chargé de l’aménagement liturgique et culturel de la cathédrale, et par ailleurs directeur de l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris? Son projet de parcours différencié lumineux pour guider les touristes et les fidèles dans Notre-Dame a déclenché une violente polémique à l’automne 2020.
Mgr Aupetit avait fait la sourde oreille. Depuis, le diocèse a tenté de mieux expliquer le projet par des réunions d’information aux catholiques parisiens. Mais la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), réunie le 9 décembre 2021, a par exemple rejeté l’idée des bancs lumineux ou l’inclusion de nouveaux vitraux, tout en validant le projet dans les grandes lignes. En revanche, les fameux parcours lumineux et la projection de versets lumineux aux murs seraient toutefois conservés. Mgr Ulrich devra trancher, alors que le quotidien anglais Daily Telegrah avait dénoncé un projet d’aménagement «Disneyland politiquement correct».
La crise des vocations
Le dossier du séminaire de Paris est l’un des plus importants sur le bureau du nouvel archevêque. En effet les vocations, jusque-là plutôt florissantes comparées à la situation ailleurs en France, connaissent un tarissement inquiétant depuis quelques années. Les effectifs de la fameuse «propédeutique» parisienne - année de discernement avant l’entrée en première année, une innovation de Lustiger - ont été divisés par cinq dans les dernières années, passant de 25 candidats à 5 aujourd’hui. Et tous ne rentreront pas au séminaire.
La crise est telle que bon nombre de prêtres de Paris, consultés par des candidats au sacerdoce, «hésitent à recommander le diocèse de Paris comme lieu de formation quand ils ne le déconseillent pas. Il y a une crise de confiance, c’est un signe grave», explique un familier du dossier. Beaucoup sont partis dans des lieux de formations plus classiques. En effet «la figure de l’évêque et son charisme personnel jouent aussi un rôle décisif pour un séminariste, futur prêtre diocésain», affirme un autre prêtre. Il ajoute: «On ne peut plus faire du Lustiger sans Lustiger, il faut repenser l’ensemble, à l’échelle de l’Île-de-France, en regroupant les forces, notamment les professeurs.»
Il existe trois propédeutiques dans la région, à Paris, Versailles et Nanterre. Ainsi que trois séminaires: Paris, Issy-les-Moulineaux et les Carmes, à l’Institut catholique de Paris. Ce chantier-là n’est peut-être pas de pierres, mais c’est une cathédrale spirituelle, très délicate à ajuster, dont il faut réanimer l’esprit et l’architecture.
La gestion humaine des prêtres
Avec le diocèse de Toulon, celui de Paris est celui où la moyenne d’âge des prêtres est la plus basse de France: 45 ans. Il faut dire qu’à Paris, même si ce chiffre tend à se tarir, une quinzaine de prêtres sont ordonnés chaque année depuis quatre décennies, un record. L’attrait de la capitale, ville universitaire par excellence, explique évidemment en partie ce phénomène. Mais c’est aussi le fruit d’une vision claire, définie par le cardinal Lustiger, de la mission du prêtre diocésain et de sa formation. Le diocèse compte ainsi 500 prêtres aujourd’hui, et leur «gestion» humaine et spirituelle est un autre sujet sensible sur la table de Mgr Ulrich.
Ces hommes ont donné leur vie à l’Église, qui ne leur rend pas toujours à la hauteur de leurs capacités, même si l’humilité et l’obéissance - assumées dans le sacerdoce - excluent toute idée de «carriérisme». Si la majorité des diocèses français souffrent de pénurie sacerdotale chronique, Paris souffrirait à l’inverse d’un excès de ressources, ce qui engendre d’autres problèmes. Le cardinal Vingt-Trois, même sans être disponible, connaissait tous ses prêtres par leurs prénoms. Le renouvellement trop rapide, ces dernières années, des vicaires généraux qui assistent l’archevêque de Paris, a conduit «beaucoup de prêtres à ne pas se sentir connus et reconnus», constate l’un d’eux.
Et de regretter: «Nous ne sommes ni des numéros ni des cadres d’une entreprise, pour boucher des cases d’une organisation. Chacun a une vocation, un charisme qui méritent un peu d’attention.» Ce «malaise» généralisé a aussi pesé dans l’acceptation, par le pape, de la démission de Mgr Aupetit. Une situation qui pourrait toutefois s’améliorer: le diocèse de Paris, lourde machine, est «plus facile à gouverner que celui de Lyon, où les prêtres sont très divisés» analyse un connaisseur, qui ajoute que «les prêtres parisiens sont relativement unis. Ils ont besoin d’un leader proche d’eux.»