giovedì 18 marzo 2021

Germania
Le silence du cardinal révolte les catholiques allemands

(Christophe Bourdoiseau, 24heures.ch)
Accusé d’avoir couvert les abus sexuels dans son diocèse, l’archevêque de Cologne suscite la colère des victimes et des fidèles, qui quittent l’Église par milliers. Un rapport est présenté ce jeudi. -- La vie de Karl Haucke a été brisée deux fois. Par les viols – au moins 400 –qu’il a subis pendant plus de trois ans dans son internat à Bonn mais aussi par le silence de la hiérarchie qui a couvert les agissements de ses prêtres. L’ancien professeur, âgé aujourd’hui de 69 ans, a tenté de se suicider en se jetant d’un pont (il a des prothèses à la hanche et à l’épaule). Il a subi cinq internements psychiatriques.
Karl Haucke n’est pas un cas isolé en Allemagne où l’Église catholique a déjà reconnu en 2018 un bilan terrifiant: 3700 enfants abusés par 1670 prêtres entre 1946 et 2014. «Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg», insiste Matthias Katsch, le principal représentant des victimes d’abus sexuels en Allemagne.
Alors, lorsque l’archevêque de Cologne, le cardinal Rainer Maria Woelki, a annoncé le 20 octobre 2020 qu’il ne publierait pas le rapport qu’il avait lui-même commandé en 2018 à un cabinet d’avocats de Munich sur les abus sexuels dans son diocèse, les troubles cardiaques et les tremblements ont repris. «Je ne pouvais plus dormir. Les poussées de sueur sont revenues d’un coup», raconte Karl Haucke.
La trahison est d’autant plus douloureuse qu’il avait accepté de participer au «Comité des victimes» mis en place par l’archevêque. «Avec Rainer Maria Woelki, nous avions repris espoir. Mais j’ai vite compris qu’il nous manipulait», raconte-t-il.
L’archevêque tente de convaincre le «Comité des victimes» que le rapport pose problème. «Il nous demandait de désapprouver un document qu’on n’avait même pas lu!» s’insurge Karl Haucke qui démissionnera immédiatement après. Quelques membres se rangeront derrière l’archevêque. «Voilà le «système Woelki»: diviser les victimes», conclut Karl Haucke.
L’archevêque a justifié sa décision par des problèmes de «méthode» dans les recherches et de «protection de données». Pour les victimes, il est clair que ce rapport resté secret met en cause le cardinal et ses plus proches collaborateurs. L’archevêque est confronté lui-même à une affaire de prêtre pédophile à Düsseldorf qu’il n’aurait pas signalée au Vatican. «Après avoir examiné ma conscience, je suis persuadé que je me suis bien comporté», se défend-il.
La décision du cardinal a plongé l’Église dans sa plus grave crise depuis la fin de la guerre. «L’affaire Woelki» est un «désastre», déplore Georg Bätzing, le président de la conférence épiscopale. «Je n’ai encore jamais vécu une telle révolte [au sein de l’église]», a ajouté Thomas Sternberg, le président du Comité central des catholiques allemands (ZdK).
Refus de payer l’impôt d’Église
L’affaire a ruiné le peu de crédibilité qu’il restait encore à l’Église catholique allemande. «Qui peut encore croire des menteurs notoires?» se demande Hubert Wolf, historien des religions à l’Université de Münster. Et le «chemin synodal», grand espoir des catholiques allemands pour engager des réformes – sur le célibat, l’homosexualité, la place des femmes ou les abus sexuels – risque de ne servir à rien.
Depuis, le nombre de catholiques qui quittent l’Église s’accélère. Début février, le serveur du tribunal d’instance de Cologne - compétent en matière d’annulation de l’impôt d’Église - est tombé en panne après avoir reçu simultanément 5000 demandes de prises de rendez-vous. Le tribunal a augmenté les effectifs pour pouvoir traiter 1500 demandes par mois. «Mais, ne vous inquiétez pas! C’est l’évêché le plus riche du monde. Ce n’est pas de voir ses caisses se vider dont il a peur, mais ses églises», dit Matthias Katsch.
L’espoir d’un renouveau de l’Église catholique en Allemagne s’éteint lentement. «S’ils ne changent pas, ils finiront en secte», craint Matthias Katsch. «Notre optimisme nous a quittés, car cela fait dix ans que ça dure», ajoute la catholique Bernadette Rüggeberg, porte-parole de Maria 2.0, un mouvement en faveur de l’accès des femmes aux postes à responsabilité. «J’ai toujours cru que j’étais du bon côté dans l’Église. Mais cette assurance a disparu», confie-t-elle.
Malgré la révolte, l’archevêque de Cologne promet toujours de faire la vérité. Pour cela, il a commandé un deuxième rapport à un autre cabinet d’avocats qui doit être présenté ce jeudi au public. Il reste persuadé que la lumière reviendra ainsi dans les paroisses de son diocèse. Il l’a encore répété il y a quelques jours aux milliers de fidèles, qui pour certains ne l’écoutent plus: «La vérité est libératrice.»
24heures.ch