domenica 9 agosto 2020

Libano
Raï parle de "crime contre l'humanité" et réclame une enquête internationale

(L'Orient Le Jour) Le métropolite de Beyrouth déplore que "les dirigeants restent assis sur leur trône pendant que le peuple subit toutes les catastrophes et souffre". -- Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a qualifié dimanche de "crime contre l'humanité" les explosions du 4 août dans le port de Beyrouth, appelant à une enquête internationale sur les "causes obscures" de cette catastrophe qui a fait 158 morts, selon un dernier bilan toujours provisoire, et dévasté plusieurs quartiers de la capitale.
"Les explosions dans le port de Beyrouth sont une catastrophe qui a secoué le monde entier", a déclaré le cardinal dans son homélie dominicale. Qualifiant l'explosion de "crime contre l'humanité", il a appelé au lancement d'une enquête internationale sur les "causes obscures" de ce drame, et notamment les raisons pour lesquelles 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium étaient stockées dans un hangar du port. Mgr Raï a encore réclamé que tous les responsables de ce "massacre" soient traduits en justice.
Le dignitaire a par ailleurs salué "du fond du cœur" toutes les organisations, associations et personnes qui se sont mobilisées pour venir en aide aux sinistrés et déblayer les rues de la capitale. Ces "jeunes de la révolution civilisée sont le futur prometteur du Liban", a-t-il affirmé alors que, sur le terrain, des centaines de personnes s'activaient encore dimanche matin dans les rues de la ville. Il a également salué l'initiative lancée par le président français, Emmanuel Macron, et le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, qui ont invité à une conférence internationale de donateurs cet après-midi, afin de soutenir le Liban en mobilisant des aides à la reconstruction, des vivres, du matériel médical et un soutien à l'éducation.
D'un point de vue politique, le chef de l'Église maronite a réclamé "des décisions courageuses" de la part des dirigeants. "La démission d'un député par-ci et d'un ministre par-là ne suffit pas", a-t-il lancé. Invitant les responsables à faire preuve d'empathie avec les Libanais, il a appelé le gouvernement à démissionner "s'il n'est pas capable d'assurer la renaissance du pays". Il a aussi réclamé le départ du Parlement, "devenu incapable de faire son travail", souhaitant des élections législatives anticipées.
"Le peuple subit toutes les catastrophes"
De son côté, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audi, a estimé que "dans tout pays qui se respecte, les responsables qui ne parviennent pas à accomplir leur devoir ou font preuve d'un manquement quelconque démissionnent". Il a déploré que "les dirigeants restent assis sur leur trône pendant que le peuple subit toutes les catastrophes et souffre". "Les dirigeants sont responsables. Où étaient-ils lorsque des matières explosives ont été stockées dans le port, au cœur-même de la capitale ? Où sont-ils, ceux qui ont blessé le peuple, nos enfants, nos espoirs pour le futur ?", a-t-il encore lancé.
Samedi, alors qu'une immense manifestation avait lieu dans le centre-ville de Beyrouth, marquée par de violents affrontements entre les contestataires et les forces de l'ordre, M. Diab a annoncé qu'il allait proposer la tenue d'élections législatives anticipées pour sortir de la crise "structurelle" du pays.
Depuis mardi, six députés ont démissionné au cours des derniers jours : Marwan Hamadé, membre du groupe parlementaire joumblattiste, Samy Gemayel, Nadim Gemayel et Elias Hankache, du parti chrétien Kataëb, Paula Yacoubian, seule députée issue de la société civile et Neemat Frem, député indépendant.